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Et nos émotions… on en parle ?

 

émotions

Cacher nos sentiments pour ne pas paraître faibles, ne pas pleurer devant nos enfants pour ne pas les inquiéter, ne pas dire notre angoisse à nos vieux parents affaiblis pour ne pas les alarmer…

Nous avons souvent été éduqués dans l’idée que les émotions doivent être cachées, qu’elles relèvent de l’intime, et parfois même qu’elles sont dangereuses…

Même si notre société évolue (et heureusement !), nos émotions ont peu de place. On entend encore trop souvent qu’un homme sensible est une « lavette », voire une « tapette » ou tout autre qualificatif péjoratif ou insultant en « ette ». On explique encore aux garçons qu’un « homme », ça ne pleure pas.

Certains milieux tentent de changer cette image en autorisant leurs fils à pleurer, mais l’image de l’homme dans la société a-t-elle globalement changé ? L’homme est-il ‘autorisé’ à pleurer en toute circonstance ? Devant un film à l’eau de rose, en écoutant un requiem, ou uniquement lorsqu’il vient de perdre un être cher ?

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Une femme peut-elle pleurer ou se mettre en colère sans être considérée comme hystérique, ou indisposée par ce sombre mystère qui la transforme quelques jours chaque mois ?  Certes plus qu’un homme. Car on entend qu’elle puisse être moins solide, plus faible…

Les émotions seraient donc aveu de faiblesse ?

Et que dire des ‘hypersensibles’ ! Ces êtres qui doivent sans cesse lutter contre des émotions envahissantes : larme à l’œil en permanence, angoisses perpétuelles, colère à fleur de peau…

Nous sommes si nombreux à vouloir gommer ce trait de caractère gênant.

#Mais alors, à quoi nous servent nos émotions ?

Notre corps, je l’ai souvent exprimé au travers de mes écrits, est une machine formidable, entièrement dédiée à notre bien être et à notre survie. Il nous alerte, nous donne les outils nécessaires, se régénère… Rien n’est inutile dans ce magnifique mécanisme qui nous soutient. Nos émotions pas plus que nos muscles ou notre système digestif…

Alors pourquoi vouloir les contrôler, les gommer, les enfouir ?

Si nos émotions surgissent dans des moments incongrus, qui nous embarrassent, nous dérangent, nous ne devons pas pour autant tenter de les « gérer » ou de les effacer.

Nos émotions sont là pour nous aider à faire face à chaque situation de notre vie, éviter les obstacles et les dangers auxquels nous sommes confrontés.

peur
extrait du livre : Lâcher prise, le voyage intérieur

Cette idée est assez facile à comprendre lorsqu’on parle de la peur par exemple. Cette émotion est là pour nous empêcher de nous mettre en danger. Nier l’angoisse ou la peur qui nous anime reviendrait à ignorer un panneau ‘DANGER’ qui se dresse sur notre route.

La peur déclenche des réactions physiques qui nous aident à faire face au danger plus efficacement: grâce à l’adrénaline et à la cortisol, notre vision devient plus précise, nos réflexes plus vifs, notre cœur accélère ses mouvement pour envoyer plus d’oxygène à notre cerveau et dans nos muscles, nous sommes moins sensibles à la douleur. Nous avons alors tout ce qu’il faut pour mieux réagir au danger en combattant ou en fuyant efficacement.

En réalité, il en est de même pour chacune de nos émotions. Elle viennent toutes nous signaler un besoin :

– un besoin de protection, de nous défendre ou d’être rassurés pour la peu

– le besoin d’être consolé, réconforté, écouté ou encouragé pour la tristesse

-ou encore, le besoin de surmonter un problème ou un obstacle, de transformer une situation pour la colère …

Nos émotions nous fournissent l’information nécessaire pour analyser ce que nous vivons et nous donnent les indices pour utiliser cette information. Nos sentiments et nos émotions nous indiquent en permanence sur la situation dans laquelle nous sommes, nous renseigne sur notre état intérieur et sur l’effet des événements et de nos actions sur notre équilibre intérieur.

#Prenons le temps d’observer les gens autour de nous…

De quoi avons-nous besoin pour vivre avec notre entourage en bonne intelligence ?

De quoi nous servons-nous pour communiquer ensemble ? 

Des feedbacks ! Ceux d’entre nous qui ont un peu étudié la communication savent à quels points ils sont essentiels.

En 1959, les sociologues John W. et Matilda White Riley ont mis en avant l’intérêt du feedback en communication, qui permet de passer d’un processus purement linéaire (émetteur / récepteur) a un processus circulaire (le récepteur devient actif, et son retour sur ce qui lui a été communiqué permet à l’échange de se créer).

Pour faire simple, nous adaptons notre comportement, nos actions ou notre discours en fonction des réactions de notre interlocuteur. Les émotions qu’il manifeste nous donne des indices sur la façon dont il reçoit notre action ou notre parole. Si nous sommes bienveillant ou accommodant, nous allons sans doute atténuer un propos trop violent. Si au contraire nous sommes en colère, ou dans un désir de blesser, nous allons l’accentuer. Dans un cas comme dans l’autre, nous allons chercher à lire dans l’attitude de l’autre, et nous adapter jusqu’à obtenir le résultat voulu.

Quoi de plus déconcertant qu’une personne qui ne montre aucune réaction ?

Nous ne la comprenons pas, ne savons pas comment interagir avec elle. Est-elle insensible à ce que nous disons ou faisons ? Que devons-nous faire pour la toucher ? Pour l’atteindre ? Devons nous être plus attentif encore, plus aimant, plus ferme, plus violent, plus blessant ? Nous avons besoin de ce feedback pour savoir comment interagir avec l’autre.

Nous comprenons ainsi de façon instinctive que les émotions sont le signe de l’état intérieur de l’autre. Il en est de même pour nos propres émotions. Elles sont le signe de notre état intérieur. et nous ne devons pas les inhiber. Car nous prenons ainsi le risque de perdre le contact avec nous-mêmes, avec nos besoins.

#Reste la question de la nécessité de préserver l’intimité de nos émotions.

En effet, si nous comprenons l’idée de rester à l’écoute de notre corps et des signaux qu’il nous envoie, nous n’avons pour autant généralement pas envie de partager cela avec d’autres. Nous craignons de les embarrasser parfois. Nous nous sentons peut-être faibles, incompétents ou indignes. Enfin, nous pouvons avoir le sentiment de leur donner des armes pour nous blesser, nous contrôler, se moquer, nous manipuler.

D’où nous vient cette idée ?

Alors que nous venons de voir à quel point nous avons besoin du feedback pour nous adapter à notre interlocuteur, pourquoi pensons-nous que nous devons lisser nos propres réactions ? Pourquoi devrions nous cacher à l’autre que nous sommes tristes, que nous avons peur, que nous sommes heureux de ce qu’il nous dit ou de ce qu’il fait pour nous ? Nous risquons de nous couper du monde et de notre entourage.

Comment demander à notre conjoint d’être plus à l’écoute si nous ne lui montrons rien ? Comment attendre de l’autre qu’il nous comprenne si nous ne lui donnons aucun indice ?

Nous pouvons penser que c’est ok pour nous, à condition de rester « raisonnable ». Il y a une différence notable entre montrer un visage triste ou fermé et fondre en larmes ou hurler de colère…

Nous pouvons penser également que c’est ok pour nous, dans certaines situations uniquement. Nous devons par exemple préserver certaines personnes de nos états d’âme, notamment nos proches. Pour ne pas les inquiéter.

Mais croyez-vous que vos enfants ne voient pas que vous êtes triste ou préoccupé ? Croyez-vous que vos parents ou votre conjoint n’a pas noté votre changement d’attitude, votre inquiétude ou votre lassitude ? Croyez-vous que l’absence de mot est rassurante ?

Lorsque nous sommes tristes, inquiets ou en colère, notre attitude nous trahit de toute façon. surtout lorsqu’il s’agit de nos proches, qui sont si sensibles à ce qui émane de nous. Et refuser d’exprimer ce qui nous traverse aura des effets bien plus dévastateurs que de les laisser vivre :

– Nos proches vont se demander ce qui peut bien induire ces changement dans  notre attitude. Le fait que nous refusions d’en parler va les inquiéter. Pour nous, mais pour eux-mêmes également. Est-ce que c’est vraiment tellement grave que cela doive être caché ? Grave à quel point ? Est-ce que je suis responsable de ce qui lui arrive ? Refuse-t-elle d’en parler pour ne pas me blesser ? Est-ce qu’il ou elle va mourir ? partir ? ne m’aime plus ?

– A l’inverse, certains peuvent baisser les bras et ne plus chercher à savoir. Il est épuisant de tenter de comprendre quelqu’un qui ne donne pas accès à ce qu’il vit. Il peut être alors plus ‘facile’ de faire comme ci tout allait bien. Tu ne veux pas parler ? ok, je vais faire autre chose et arrêter de m’en faire pour rien. Cela aura pour effet de renforcer votre sentiment de ne pas être entendu(e). Mais comment blâmer l’autre si vous ne laisser rien filtrer.

– Enfin, garder en soi des émotions, ou tenter de les nier peut être très destructeur. Si votre corps envoie ces signaux, c’est qu’il a une très bonne raison de le faire. Il vous alerte, et n’arrêtera pas de vous alerter jusqu’à ce que vous finissiez par ne plus pouvoir refuser de voir… Burnout, fatigue extrême, dépression, décompensation, maux physiques divers…

#Alors comment faire ?

Apprenons à mettre des mots sur nos émotions. Apprenons à vivre avec elles. Faisons en sorte qu’elles deviennent de vraies alliées – car c’est ce qu’elles sont, en définitive !

Cessons d’en avoir peur et de tenter de les gommer à tout pris !

les personnes hypersensibles sont les plus connectées à elles-mêmes et au monde qui les entoure. Elles font de formidables artistes, qui ont la capacité de mettre en couleur, en son ou en mots des sentiments que beaucoup n’imaginent même pas ! Elles ont un univers intérieur d’une incroyable richesse et vivent chaque chose pleinement et entièrement. Il est possible de transformer ces émotions en richesses incroyables…

Pour cela, il faut apprendre à les écouter, à les connaître et reconnaître, à les laisser s’exprimer sans qu’elles nous débordent. Car si elles s’expriment de manière ‘inadaptée’, c’est qu’elles nous débordent, que nous ne leur avons pas laissé leur juste place. Plus nous en aurons peur, moins elles trouverons cette juste place.

Rendons service à nos enfants, apprenons leur qu’ils n’est pas dangereux ou grave d’exprimer ses émotions. Qu’il est normal d’être parfois en colère ou triste, et que « ça va mieux en le disant ». Parce que oui, Maman est parfois triste, elle pleure parfois, elle se met en colère aussi parfois. Comme eux.

Les enfants savent ce que pleurer ou être en colère veut dire. Ils le vivent chaque jour et cela fait partie de leur développement. Ils savent aussi que cela n’est pas définitif. Qu’après la colère et les larmes, il peut y avoir l’apaisement et la joie. Pour peu que leurs sentiments puissent être entendus. Au lieu de balayer leur énième crise de larmes ou de colère, aidons les à mettre des mots dessus. Je suis triste parce que… Je me sens mal parce que… J’ai peur parce que…

Partageons leur tristesse ou leur colère sans les juger. Essayons de trouver ensemble des alternatives lorsque cela est possible, mais si ça ne l’est pas, acceptons le. Ils sont tristes parce que le chat est mort. Acceptons cela. Pleurons avec eux si nous en avons envie. Cela n’empirera pas la situation, au contraire. Le chat est mort et c’est effectivement triste parce que nous l’aimions vraiment beaucoup. Il nous faisait rire, il nous câlinait. Et c’est normal d’être triste…

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